đŸ§™â€â™‚ïžđŸ§™â€â™€ïž Tribune Libre

16 mars 2021 – Au moment oĂč le pĂšlerinage de Compostelle semble reprendre quelques couleurs, voici un article fort plaisant reproduit en intĂ©gralitĂ© et avec l’autorisation de son auteur, Pierre Swalus (Ă©minent contributeur de la newsletter « Les Zoreilles du Chemin ») – pierre.swalus@verscompostelle.be

pere-joan-sticker-3

À PROPOS DE DÉFINITIONS (1)…

DE PÈLERIN, PÈLERINE, PÉRÉGRIN, PÈLERINER, PÉRÉGRINER, PÈLERINAGE & 


DE PÈLERIN(E) NON CROYANT(E)

Cet ensemble de mots forme une famille et sont reliés entre eux par une origine commune.

A l’origine, pĂšlerin (et aussi pĂšlerine qui existe au moins depuis le dĂ©but du 13Ăšme siĂšcle) et pĂ©rĂ©grin ont le sens d’étranger, d’expatriĂ© ou d’exilĂ© ou de celui qui est d’un autre pays, qui est un voyageur.

Puis, si pĂ©rĂ©grin a gardĂ© plutĂŽt son sens originel d’étranger ou de voyageur, pĂšlerin.e tout en gardant le mĂȘme sens, a vu en revanche sa signification principale se prĂ©ciser: voyageur ou voyageuse qui fait un pĂšlerinage, celui-ci Ă©tant la dĂ©marche d’un.e croyant.e qui par piĂ©tĂ© fait un voyage vers un lieu de dĂ©votion, un lieu saint.

pere-joan-sticker-4

PĂšlerin garde son sens de voyageur notamment dans plusieurs proverbes (2) tel que par exemple : « La pluie du matin n’arrĂȘte pas le pĂšlerin ».

Le pĂšlerinage, dont nous avons vu la dĂ©finition plus haut peut par extension, ĂȘtre aussi un voyage vers un lieu que l’on juge important (pour des raisons sentimentales, artistiques, philosophiques ou historiques) ou afin de rendre hommage Ă  quelqu’un ou encore de retrouver des souvenirs.

Les verbes pérégriner et pÚleriner se sont alignés sur les substantifs pérégrin et pÚlerin : pérégriner signifiant faire un long voyage tandis que pÚleriner signifiait en plus aller en pÚlerinage.

Pour ĂȘtre plus complet il faut ajouter que le mot pĂšlerin a encore d’autres sens.

En plus d’ĂȘtre un oiseau et aussi une sorte de requin, il dĂ©signe de maniĂšre familiĂšre une personne qui a de la finesse, de l’adresse et de maniĂšre pĂ©jorative une personne fourbe, peu recommandable.

Et l’expression « prendre son bĂąton de pĂšlerin » signifie commencer une tĂąche difficile ou partir en croisade pour dĂ©fendre une cause.

Et quid du « pĂšlerin » (notamment de Compostelle) qui est incroyant et qui ne s’engage donc pas par piĂ©tĂ© dans sa dĂ©marche ? Laquelle de ces diffĂ©rentes dĂ©finitions lui permet-elle d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un vĂ©ritable pĂšlerin ?

Bien sĂ»r, on pourrait arguer que puisqu’il s’engage dans un long voyage, il rĂ©pond Ă  un des usages du terme « pĂšlerin ». Mais ceci semble peu satisfaisant. « Voyageur » n’est pas le sens premier de pĂšlerin et relĂšve actuellement plutĂŽt d’un sens imagĂ©.

Dire qu’il voyage vers un lieu qu’il juge important ou vers un lieu de mĂ©moire ou encore qu’il voyage pour rendre hommage Ă  quelqu’un n’est pas non plus exact, car ce n’est pas Compostelle qui est important pour lui mais bien le chemin « vers ». Ceci est d’ailleurs vrai aussi pour pas mal de pĂšlerin.es croyant.es, qui marchant sur des chemins dit de Compostelle, ne vont jamais jusqu’au terme de ces chemins – Saint-Jacques de Compostelle – mais se limitent Ă  parcourir certains tronçons de ces chemins.

Et mĂȘme pour pas mal de ceux qui cheminent jusqu’à Compostelle, « l’approche du but est d’ailleurs vĂ©cue de façon assez ambivalente : souvent avec un certain regret de voir approcher la fin d’une belle aventure faite de rencontres et de moments de partage intense. L’arrivĂ©e mĂȘme Ă  Compostelle est aussi source de sentiments mĂ©langĂ©s : Ă  la joie d’avoir rĂ©alisĂ© son rĂȘve, d’avoir pu vaincre les difficultĂ©s et les doutes Ă©ventuels, d’arriver enfin Ă  ce lieu mythique, se mĂȘle souvent trĂšs rapidement une certaine dĂ©sillusion : dĂ©sillusion de dĂ©couvrir la ville grouillante de touristes, le brouhaha d’une foule et d’une ville perpĂ©tuellement en fĂȘte, le sentiment aussi que la belle aventure vĂ©cue avec d’autres pĂšlerins est finie.» (3)

pere-joan-sticker-2

Comme le dit si bien Pierre GENIN : Compostelle n’est pour le pĂšlerin « qu’un prĂ©texte pour se mettre en route » et « le pĂšlerinage se vit essentiellement sur le Chemin et non Ă  l’arrivĂ©e » (4)

Manifestement les dĂ©finitions acadĂ©miques des termes « pĂšlerin.e » et « pĂšlerinage » si elles restent valides pour certains lieux de pĂšlerinage, comme celui de Lourdes par exemple, ne sont plus d’actualitĂ© pour le pĂšlerinage sur les chemins de Compostelle.

Le français Ă©tant une langue vivante, ne serait-il pas temps, Ă  l’image de ce que Maurice GREVISSE et mon ex-collĂšgue AndrĂ© GOOSSE(†) ont fait dans « Le bon usage », de prendre en compte l’évolution dans les faits, du concept de pĂšlerin ?

Une dĂ©finition plus actualisĂ©e, tout au moins pour le pĂšlerinage de Compostelle pourrait ĂȘtre : « le pĂšlerin ou la pĂšlerine est celui ou celle qui par piĂ©tĂ© se rend Ă  un lieu saint ou qui se met en voyage sur un chemin de pĂšlerinage qu’il ou elle juge important pour des raisons personnelles ou spirituelles ».

MAIS, je ne suis pas membre de l’AcadĂ©mie Française
  P. Swalus

(1) Bibliographie consultée pour les définitions :

https://www.le-dictionnaire.com/definition/pĂšlerin

https://dictionnaire.lerobert.com/definition/pelerin

https://www.universalis.fr/dictionnaire/peregrin/

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/pelerin

https //www.cnrtl.fr/definition/pĂšlerin

https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/pelerinage

https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P1256

(2) SWALUS Pierre, Des proverbes parlent du pùlerin, En ligne sur le site de l’auteur Vers Compostelle :

http://verscompostelle.be/Proverbes et pelerin.htm

(3) SWALUS Pierre, Quand on va en pùlerinage à Compostelle, qu’est-ce qui est le plus important : le chemin ou Compostelle et saint Jacques ? En ligne sur le site de l’auteur Vers Compostelle : http://verscompostelle.be/quandonp.htm

(4) GENIN Pierre, PĂšlerin de Saint-Jacques, lĂšve-toi et marche, Edition Mois, 2006, p. 180

calpurnio-sticker-1